Stuart Mill : la nature

Posted by Après Cours | février 27, 2015 0

Si le cours naturel des choses était parfaitement bon et satisfaisant, toute action serait une ingérence inutile qui, ne pouvant améliorer les choses, ne pourrait que les rendre pires. Ou, si tant est qu’une action puisse être justifiée, ce serait uniquement quand elle obéit directement aux instincts, puisqu’on pourrait éventuellement considérer qu’ils font partie de l’ordre spontané de la nature ; mais tout ce qu’on ferait de façon préméditée et intentionnelle serait une violation de cet ordre parfait. Si l’artificiel ne vaut pas mieux que le naturel, à quoi servent les arts de la vie ? Bêcher, labourer, bâtir, porter des vêtements sont des infractions directes au commandement de suivre la nature. […]

Tout le monde déclare approuver et admirer nombre de grandes victoires de l’art sur la nature : joindre par des ponts des rives que la nature avait séparées, assécher des marais naturels, creuser des puits, amener à la lumière du jour ce que la nature avait enfoui à des profondeurs immenses dans la terre, détourner sa foudre par des paratonnerres, ses inondations par des digues, son océan par des jetées.

Mais louer ces exploits et d’autres similaires, c’est admettre qu’il faut soumettre les voies de la nature et non pas leur obéir ; c’est reconnaître que les puissances de la nature sont souvent en position d’ennemi face à l’homme, qui doit user de force et d’ingéniosité afin de lui arracher pour son propre usage le peu dont il est capable, et c’est avouer que l’homme mérite d’être applaudi quand ce peu qu’il obtient dépasse ce qu’on pouvait espérer de sa faiblesse physique comparée à ces forces gigantesques.

Tout éloge de la civilisation, de l’art ou de l’invention revient à critiquer la nature, à admettre qu’elle comporte des imperfections, et que la tâche et le mérite de l’homme sont de chercher en permanence à les corriger ou les atténuer.

John Stuart Mill, La nature

Laisser une réponse

Autres articles sur ce thème : Textes

Rousseau : les termes du contrat social

Posté le Fév 7, 2016 dans Textes | Pas de réponses

Marx : la critique des droits de l’homme

Posté le Fév 7, 2016 dans Textes | Pas de réponses

Rousseau : « la force ne fait pas droit »

Posté le Fév 7, 2016 dans Textes | Pas de réponses

Platon : il n’y a pas de tyran heureux

Posté le Jan 25, 2016 dans Textes | Pas de réponses

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :

Pascal : « Tous les hommes recherchent d’être heureux »

Posté le Jan 24, 2016 dans Textes | Pas de réponses

Epictète : la sagesse stoïcienne

Posté le Fév 5, 2015 dans Textes | Pas de réponses