Y a-t-il des vérités indiscutables ?

Posted by Après Cours | janvier 3, 2016 0

Il n’est pas rare d’entendre, au milieu d’une discussion, que tel fait apparaît “indiscutable”. Ainsi tel leader politique ou syndical assurant qu’“il y a indiscutablement des progrès dans les négociations”, tel commentateur d’un match de football disant à propos d’un joueur clé qu’il est un “titulaire indiscutable”, ou encore le dicton populaire qui affirme que “des goûts et des couleurs on ne discute pas”.

Qualifier une proposition d’indiscutable, c’est à la fois sous-entendre que cette proposition est vraie et, pour une raison ou pour une autre, qu’elle devrait être exclue du champ de la discussion. Que dit-on alors quand on dit d’une vérité qu’elle est “indiscutable” ? Qu’elle nous apparaît si évidente que nous n’estimons pas nécessaire de la discuter ? “Ce joueur est si fort qu’on ne devrait plus avoir à discuter de sa présence sur le terrain.” Tout en attendant d’autrui qu’il acquiesce en retour à cette “évidence”, reconnaisse qu’il n’y a, ici, pas lieu de discuter… et permette ainsi de passer du statut d’une indiscutabilité revendiquée à une indiscutabilité effective. L’autre peut aussi bien répondre “je suis d’accord avec vous, il n’y a pas lieu de discuter de la présence de ce joueur” que “je ne suis pas d’accord, la présence de ce joueur est tout à fait discutable”. Mais discuter de la discutabilité ou non d’une proposition, cela ne revient-il pas à discuter de cette proposition elle-même ? Remarquons que quand bien même l’autre aurait acquiescé du caractère indiscutable d’une proposition, cela ne lève pas pour autant le paradoxe : qu’une proposition ne soit plus discutée ne signifie pas qu’elle ne plus discutable. Bien au contraire : qu’une proposition ait pu à un moment donné faire l’objet d’une discussion, n’est-ce pas la preuve qu’elle est par définition “discutable” ?

Que toute proposition, quel que soit le degré de certitude qu’elle revendique, apparaisse comme “discutable” par le fait même qu’elle est exprimée à l’intention d’autrui, suffit-il alors à discréditer l’expression “vérité indiscutable” ? Et dans le cas contraire, à quel moment et pour quelle raison une proposition pourrait-elle cesser d’être discutable, autrement sujette à discussion, pour sortir du champ de la discussion possible ? Quel serait le critère et la validité d’un tel statut ?

I- L’indiscutable existence de vérités indiscutables.

A- Analyse de notion : le paradoxe d’une vérité qui par définition n’a plus besoin d’être discutée

B- Les vérités mathématiques sont démontrables et non discutables
1+1 = 2, n’est-ce pas une vérité indiscutable ?
Les sciences hypothético déductives sont indiscutables. Ce qui est logiquement déduit n’a pas formellement à être discuté. Les axiomes sont posés et admis, et non discutés.
N’y aurait-il dès lors que des vérités indiscutables ? Quel type d’énoncé, peut faire l’objet d’une discussion ? Qu’est-ce qui la rend possible et même nécessaire ?

C- Les vérités indiscutables ne nous apprennent rien – ou peu de choses – sur le monde.
Les vérités mathématiques sont des vérités purement formelles. Elles ne sont vérités qu’à l’intérieur d’un système hypothético déductif déterminé.

Y a-t-il des vérités qui nous apportent une connaissance sur le monde et qui ne sont pas discutables ? Y a-t-il des connaissances indiscutables ?

II- Necessaire discutabilité des vérités scientifiques.

A- La première caractéristique d’une vérité scientifique c’est de pouvoir être réfutée, et donc discutée
Pour pouvoir prétendre au statut de vérité, un énonce doit pouvoir être réfuté. Un énoncé qui ne contient pas en lui-même la possibilité d’une réfutation ne peut prétendre être reconnu comme un énoncé vrai. La discutabilité devient un critère de la vérité.

B- Les vérités discutées sont aussi des vérités discutables
Pour parvenir à être reconnue comme telle, une vérité a d’abord du être discutée. Dès lors qu’elle a été discutée, à quel moment devrait-elle cesser de l’être ?

C- La discutabilité : ce qui dans la vérité appelle à être dépassé.
La discussion ne vise que son propre dépassement. On ne discute pas pour discuter, mais pour établir une vérité et progresser. Y a-t-il alors une vérité dont on puisse dire avec certitude qu’elle a été “assez discutée” ? Quel critère ? L’idée évidente, claire et distincte. Le cogito cartésien comme vérité première à partir duquel procèderaient toutes les autres.

III- L’indiscutable, condition nécessaire à toute vraie discussion.

A- Pouvoir discuter suppose d’admettre de l’indiscutable partagé

B- L’indiscutable concerne toujours ce qui est hors des limites du connaître

C- L’indiscutable suppose d’abord une discussion sur ces limites

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