Comment faire une dissertation ?

Posted by Après Cours | janvier 2, 2015 0

Il s’agira ici d’un premier contact avec la technique de la dissertation, certes un peu abstrait à ce stade, et pourtant indispensable pour comprendre ce qu’on devra chercher à retirer du cours et de ses compléments afin de réussir au mieux l’exercice demandé.

Tous les conseils dispensés le sont à titre indicatif. Ils constituent un des cheminements possibles conduisant à un travail de bonne qualité – clair, consistant, bien rythmé. Il est vivement recommandé de commencer, au moins dans un premier temps, par suivre ce chemin conventionnel. Libre à vous ensuite, lorsque vous vous sentirez à l’aise sur cette route principale, d’explorer de nouvelles pistes.

Il conviendra naturellement de passer le plus rapidement possible de la théorie à la pratique. Etape intermédiaire : l’étude minutieuse d’exemples de dissertation réussis (les « corrigés ») est indispensable. Ce blog en abrite quelques uns (par exemple ici, ici ou encore ici) et contient de nombreux liens vers des sujets traités ailleurs (en particulier sur l’excellent philolog.fr) : ils sont à fréquenter avec assiduité.

Les objectifs de la dissertation

Une dissertation est avant tout un exercice de rhétorique. Ca n’exclut nullement que s’y jouent de véritables questions, autour de thématiques fondamentales. Mais ça signifie qu’il faut prendre avant tout cet exercice pour ce qu’il est : la démonstration d’un savoir et d’un savoir faire. Seront particulièrement évaluées la capacité à :

– analyser un sujet,
– conduire un questionnement,
– convoquer des arguments pertinents et hiérarchisés (issus de vos lectures et de l’expérience),
– proposer une réponse consistante à la question posée.

Ces quatre éléments forment en quelque sorte le cahier des charges de la dissertation. Une dissertation qui les contient sera bien notée; une dissertation d’où ils seraient absents serait sanctionnée.

On insistera particulièrement sur les points suivants :

Impératif n°1 : « Traitez tout le sujet, tout le sujet, rien que le sujet »
Il faut impérativement « jouer le jeu » du sujet. Si la question posée est « Faut-il avoir peur de la technique ? », elle n’est pas « Quel est le but de la technique ? » ou « La technique est-elle libératrice ? » Chaque question a sa spécificité qu’il faut repérer et exploiter autant qu’il est possible. Dans la question « Faut-il avoir peur de la technique », c’est cette notion de peur qui sera structurante dans votre réflexion. C’est à partir d’elle et d’elle seule que pourront se formuler les questions – et les réponses – au sujet de la technique.

Impératif n°2 : « Rendez votre progression visible »
Une question philosophique est une question à laquelle on ne peut pas facilement répondre par « oui » ou par « non ». C’est, au contraire, une question qui nécessite une étude approfondie des termes et une évaluation rigoureuse des arguments en présence. Votre dissertation exprime avant tout la progression de votre réflexion : à la fin, on doit être plus éclairé qu’au début. C’est pourquoi elle ne peut pas être qu’une simple enfilade d’idées et d’arguments non liés les uns aux autres. Elle doit montrer votre volonté de poser des questions et d’y répondre de la façon la plus éclairée possible. Ce qui suppose que vous vous efforciez de toujours rester clairs dans vos arguments : il vaut toujours mieux être trivial qu’obscur. On devrait toujours garder en tête l’avertissement d’Epictète : « Eloignez-vous donc du soleil, pendant que vous n’avez encore que des opinions de cire. »

Impératif n°3 : « Ménagez vos rebondissements »
Si la philosophie était une science, on pourrait exposer sa réflexion de manière linéaire. Ce n’est pas le cas. Une pensée philosophique est un cheminement, elle échafaude des hypothèses, accrédite des points de vue, en contredit d’autres. En d’autres termes : elle rebondit. Ces rebondissements ne sont pas à négliger : ils sont la preuve qu’on a vraiment réfléchi, qu’on a envisagé différentes manières de voir, qu’on les a compris. Attention : ça ne signifie pas que vous devez être contradictoire. Si deux idées vous apparaissent également importantes et vraies, c’est en général qu’elles ne sont pas sur le même plan. Il faut alors faire l’effort de discerner ce qui les sépare vraiment : la plupart du temps, vous pourrez les faire coexister en définissant pour chacune un espace déterminé. Ex. la peur de la technique en général peut apparaître un moyen rationnel de contenir son essor aveugle quand bien même la peur d’un objet technique en particulier peut, elle, apparaître irrationnelle.

Les contenus

Une introduction
Une analyse des notions
Un développement argumenté
Une conclusion

L’introduction et la conclusion doivent être particulièrement soignées. Elles montrent qu’un sujet a été bien compris (signification et enjeux), correctement problématisé et qu’on a su conduire sa réflexion jusqu’à un résultat convaincant.

Une introduction typique peut se décomposer de la manière suivante :
– « amorce » de la réflexion, souvent à partir de la doxa, c’est à dire d’une opinion communément admise sur la question posée;
– paradoxe dégagé à partir de cette doxa;
– mise en lumière des enjeux du sujet – qu’est-ce qu’implique le fait qu’on réponde d’une manière ou d’une autre à la question ?
– problématisation : reformulation de la question à la lumière de ce qui a été dit. Pour accomplir cette étape très importante de votre travail, vous pouvez tirer bénéfice des quelques conseils dispensés ici.
– exposé des principales étapes du cheminement qu’on s’apprête à suivre.

Le développement peut compter 2, 3 voire 4 parties. Les dissertations les plus classiques en comptent généralement 3 – cela permet un certain équilibre entre rythme et profondeur d’analyse. La première partie est consacrée à une analyse affinée des termes du sujet afin d’approfondir la problématisation. Les parties suivantes sont consacrées à la discussion elle-même.

La conclusion « ramasse » les principaux acquis du développement – elle montre qu’on a su progresser vers un résultat, même imparfait.

Les phases de travail – quelques conseils pratiques

Le temps alloué à la composition est de 4h, soit 240 minutes. Il se décompose comme suit :

Etape 1 – (5-10′) Choix du sujet.
Deux sujets de dissertation et un texte vous sont proposés. Vous inclinez spontanément pour l’un d’eux ? Prenez quand même un vrai temps de réflexion avant de vous décider.

-> Bien étudier les différents sujets proposés afin d’être sûr de choisir celui avec lequel on est le plus à l’aise.

Etape 2- (50-60′) Remue méninges
Dans cette phase, vous jetez au brouillon toutes les idées qui vous viennent à l’esprit et qui seront susceptibles de nourrir votre travail. A ce stade, vous ne vous limitez pas encore : vous voulez être sûr de « balayer » assez largement le thème pour ne pas passer à côté d’une des potentialités du sujet. Ce n’est que dans la phase suivante, lorsque vous chercherez à « caser » vos différentes idées dans les différentes parties de votre plan, que vous choisirez d’en développer certaines et d’en exclure d’autres qui vous apparaîtront moins claires / convaincantes.

-> Définir précisément les termes du sujet,
-> Voyez s’il est possible de mettre en scène différents sens des termes au cours du devoir (les fameuses « distinctions conceptuelles » si prisées des correcteurs : « si on considère que X signifie XXX alors on sera porté à dire que… ; mais X signifie également YYY et dans ce cas la question devient plutôt … »)
-> Explorer les différentes lignes d’argumentation possibles
-> Recenser toute la matière (définitions, arguments, exemples, références…) susceptible d’être mobilisée au cours du développement
-> Commencer à réfléchir sur l’organisation de l’ensemble et sur la place à assigner à chaque élément

Etape 3- (40-50′) Planification
Cela fait une bonne heure que vous réfléchissez à votre sujet. Vous avez mobilisé une matière appréciable et vous avez opéré un premier fléchage (encore approximatif) de vos arguments. Le déroulement de votre dissertation commence à prendre forme. Il est temps de passer à la phase suivante : la planification et la cadrage concret de la dissertation.

-> Construction du plan (titres des parties et des sous parties)
-> Distribution des contenus dans les différentes parties
-> Rédaction de l’introduction et de la conclusion

Etape 4- (120-140′)
Il vous reste entre deux heures et deux heures et demi pour rédiger votre développement. Soyez vigilant et rigoureux : si vous conservez à ce stade une certaine marge de manœuvre dans vos formulations, ne vous lancez pas à l’aveugle dans des développements imprévus : vous risqueriez de perdre le fil conducteur de votre réflexion et avec lui votre lecteur.

-> Rédaction du développement. Si les phases précédentes ont été correctement suivies, le travail d’écriture sera grandement facilité et accéléré.

Note finale : attention, le temps passe très vite ! Gardez toujours un oeil sur votre montre.

Laisser une réponse

Autres articles sur ce thème : Méthodes

Le bon usage des exemples

Posté le Nov 4, 2015 dans Méthodes | Pas de réponses

Comment faire une explication ?

Posté le Sep 26, 2014 dans Méthodes | Pas de réponses

Commencer à lire de la philosophie

Posté le Sep 11, 2014 dans Méthodes | Pas de réponses

Autres articles sur ce thème : Méthodes

Le bon usage des exemples

Posté le Nov 4, 2015 dans Méthodes | Pas de réponses

Comment faire une dissertation ?

Posté le Jan 2, 2015 dans Méthodes | Pas de réponses

Comment faire une explication ?

Posté le Sep 26, 2014 dans Méthodes | Pas de réponses

Commencer à lire de la philosophie

Posté le Sep 11, 2014 dans Méthodes | Pas de réponses