Comment faire une explication ?

Posted by Après Cours | septembre 26, 2014 0

Comme son nom l’indique, l’explication de texte a pour but d’ex-pliquer, c’est à dire de déployer et de mettre au jour les différents éléments contenus dans un texte afin de le rendre parfaitement compréhensible. Il s’agit de mettre au jour tant le sens global du texte (que vise-t-il à montrer ?), que sa construction (comment s’y prend-il ?) et les principales notions ou exemples qu’il convoque au service de sa thèse.

Tout comme comme la dissertation, il (ne) s’agit (que) d’un exercice : il s’agira de démontrer à l’examinateur qu’on maîtrise la méthode, qu’on est capable de lire, de comprendre et de faire comprendre de la philosophie, qu’on sait faire soi-même oeuvre de pédagogie en apportant des éclairages utiles sur ce qui peut, de prime abord, apparaître abstrait, complexe ou ambigu.

En revanche, à l’inverse de la dissertation, il ne s’agit pas de construire sa propre réflexion mais d’essayer de traduire le plus fidèlement possible la pensée d’un auteur.

C’est un exercice de modestie. Pour employer la formule consacrée, il s’agit de comprendre le texte « comme il se comprend lui-même » – et non pas comme on voudrait le comprendre (ou comme d’autres l’ont compris avant nous). Pour parvenir à ce but, on se servira avant tout des éléments du texte. On se référera souvent au « contexte interne » : si une difficulté se présente, on la surmontera en s’aidant de ce qui la précède ou de ce qui la suit. Si par chance on possède une certaine connaissance de l’auteur, on pourra également s’y référer – cela représente indéniablement un avantage mais il est possible de réussir sans.

Nous passerons en revue les différents moments de l’explication, en illustrant notre propos par l’explication d’un texte de Nietzsche (cf. plus bas).

L’introduction est, ici encore, un moment stratégique puisqu’elle témoigne de la compréhension générale du texte qu’on se propose d’expliquer. Le travail d’explication sert à donner des repères au lecteur / examinateur : il faudra lui en fournir en respectant scrupuleusement les étapes suivantes :

Il est d’usage de commencer par préciser le thème général sur lequel le texte porte.  Il peut s’agir d’un texte sur le langage, la liberté, les échanges, l’idée de vérité etc. On peut se faire plus précis : un texte sur la relation entre le langage et la vérité, sur l’origine des concepts, sur la réalité des idées etc. Votre interlocuteur sait désormais dans quel univers il se trouve.

Vient ensuite le moment de choix : la formulation de la problématique. Le texte qui vous est donné à expliquer répond à une question. Il s’agit pour vous de la retrouver et de la formuler. Si vous n’êtes pas sûr d’avoir identifié la bonne problématique, faites plusieurs essais : formulez différentes questions et voyez à chaque fois si le texte y répond ou non. La question posée peut se présenter très simplement et très clairement : « Les concepts traduisent-ils fidèlement la réalité ? »

Si le texte répond à la question que vous avez mise au jour, il va s’agir alors de résumer brièvement cette réponse. Autrement dit quelle est la thèse qu’il soutient ? Il y avait différentes manières de répondre à la problématique (par exemple, s’il s’agissait de Platon : « Le monde sensible est le reflet du monde intelligible ») : le texte en propose une, la sienne, qu’il s’agit d’exprimer très clairement : « pour Nietzsche, les concepts sont formés par l’abandon délibéré des différences entre les choses. Il ne peuvent donc prétendre les exprimer dans leur richesse et leur singularité. »

Troisième et ultime moment de l’introduction : mettre au jour la construction du texte selon ses différents moments. Un texte philosophique passe par un certain nombre d’étapes pour parvenir à ses fins. Ce sont ces étapes qu’il va falloir identifier. La formule consacrée : « dans un premier temps… » ; « dans un second temps… ». Ainsi pour le texte de Nietzsche : « Dans un premier temps, le texte explique comment se forment les concepts. Dans un second temps, il explique comment se crée l’illusion qu’il y aurait une forme originelle dont les choses ne seraient que des copies. »

Parvenus à ce point, il est temps d’entamer le développement. La démarche est linéaire, elle se contente de suivre le déroulement du texte. On aura repéré par avance les phrases clés, les mots charnière, les exemples à commenter, le vocabulaire à définir, mais aussi et surtout les ambiguïtés et les difficultés à lever : autrement dit les « lièvres », ces passages qui, après analyse, se révèlent beaucoup moins évidents qu’ils n’y paraissaient après une première lecture. Au moment de la préparation, vous avez recensé un certain nombre (une dizaine, par exemple) de points clés sur lesquels vous souhaitez apporter un éclaircissement : une difficulté à lever, une notion à définir, un exemple à évaluer. Chacun d’entre eux donne lieu à un court développement de quelques lignes, avant de passer au suivant.

Les difficultés d’interprétation – les « aspérités » ou encore les « résistances » – du texte ne doivent pas être déstabilisantes, au contraire ! N’essayez pas de rendre simple ce qui ne l’est objectivement pas. Ni pour vous, ni, d’ailleurs, pour votre lecteur. Les difficultés posées par le texte sont la matière première de votre explication : il va s’agir d’en faire bon usage.

– On commencera d’abord par signaler ces difficultés pour ce qu’elles sont : « Ici le texte comporte une ambiguïté… »; « Ici apparaît une difficulté que le texte ne semble pas permettre de résoudre »…

– Ensuite on exposera le plus clairement possible en quoi le problème se pose et comment on choisit de le résoudre.

Reprenons le texte de Nietzsche : un « os » se présente à la 14ème ligne. Tant mieux, cela va fournir matière à réflexion !

« Lorsque Nietzsche évoque un « abandon délibéré » des différences, que veut-il dire précisément ? Emploie-t-il le mot « délibéré » au sens fort d’une « réflexion précédant un choix » ? Si c’est le cas, il y a lieu de se demander comment pourrait se produire une telle réflexion, puisque par définition les concepts ne sont pas encore formés. Comment les hommes pourraient-ils, littéralement, délibérer, alors même qu’ils ne possèdent pas encore les mots pour le faire ? Une autre interprétation consisterait à donner au mot « délibéré » un sens plus faible d' »abandon nécessaire » : une nécessité interne à la formation du concept qui ne suppose pas que cet abandon ait été précédé d’un raisonnement. La suite du texte nous conforterait d’ailleurs dans cette interprétation puisqu’il est question « d’oubli » des caractéristiques – oubli, donc, et non pas processus conscient. »

Dans cet exemple, on distingue trois moments : 1- on met en lumière une difficulté, 2- on écarte une interprétation possible en expliquant pourquoi elle ne « fonctionne » pas, 3- on avance une solution alternative qui paraît satisfaisante en argumentant à partir de la suite du texte (qui tend à confirmer qu’elle est bonne). Expliquer un texte c’est faire feu de tout bois mais d’abord de la matière que fournit le texte lui-même.

La conclusion reprend, comme à l’accoutumé, les principaux acquis du développement. Elle peut être l’occasion de s’ouvrir sur d’autres auteurs : quelle réponse apportent-ils à la question que vous dégagée ? Ne succombez pas, toutefois, à la tentation des rapprochements artificiels : le plus important, dans cet exercice, c’est que le correcteur comprenne que vous avez compris le texte. Ne prenez pas le risque de semer le doute en commettant un contre sens dans les dernières lignes, uniquement pour faire un effet…

***

« Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu’il ne doit pas servir justement pour l’expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c’est-à-dire comme souvenir, mais qu’il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c’est-à-dire, à strictement parler, jamais identiques, et ne doit donc convenir qu’à des cas différents. Tout concept naît de l’identification du non-identique. Aussi certainement qu’une feuille n’est jamais tout à fait identique à une autre, aussi certainement le concept feuille a été formé grâce à l’abandon délibéré de ces différences individuelles, grâce à un oubli des caractéristiques, et il éveille alors la représentation, comme s’il y avait dans la nature, en dehors des feuilles, quelque chose qui serait « la feuille », une sorte de forme originelle selon laquelle toutes les feuilles seraient plissées, dessinées, cernées, colorées, crêpées, peintes, mais par des mains malhabiles au point qu’aucun exemplaire n’aurait été réussi correctement et sûrement comme la copie fidèle de la forme originelle. »

Nietzsche, Introduction théorétique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (1873) (in Le livre du philosophe, GF)

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